{"id":22,"date":"2024-09-04T10:43:18","date_gmt":"2024-09-04T08:43:18","guid":{"rendered":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/front-matter\/introduction-2\/"},"modified":"2024-09-04T10:43:18","modified_gmt":"2024-09-04T08:43:18","slug":"introduction-2","status":"publish","type":"front-matter","link":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/front-matter\/introduction-2\/","title":{"raw":"Introduction","rendered":"Introduction"},"content":{"raw":"\nC\u2019est un truisme que de le rappeler&nbsp;: ces ph\u00e9nom\u00e8nes que l\u2019on nomme \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb demeure toujours associ\u00e9e \u00e0 une myriade de repr\u00e9sentations sociales et culturelles \u2013&nbsp;tant\u00f4t coh\u00e9rentes, tant\u00f4t contradictoires&nbsp;\u2013&nbsp;qui impr\u00e8gnent notre imaginaire collectif et t\u00e9moignent du caract\u00e8re n\u00e9cessairement pluriel d\u2019un tel fait social. S\u2019il fallait n\u00e9anmoins isoler une image en particulier, qui est si durablement arrim\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la folie qu\u2019elle en est devenue, dans notre culture, l\u2019une des figures principales sinon la figure <em>princeps<\/em>, nul doute qu\u2019il s\u2019agirait du lieu au sein duquel celle-ci fut historiquement identifi\u00e9e, diagnostiqu\u00e9e, enferm\u00e9e, trait\u00e9e et rel\u00e9gu\u00e9e&nbsp;; \u00e0 savoir l\u2019asile psychiatrique.\n\nQuelque quatre si\u00e8cles nous s\u00e9parent d\u00e9sormais de l\u2019invention de ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui coutume d\u2019appeler l\u2019\u00ab&nbsp;h\u00f4pital psychiatrique&nbsp;\u00bb, dont Michel Foucault a situ\u00e9 non pas la naissance \u00e0 proprement parler, mais plut\u00f4t la pr\u00e9figuration en Europe d\u00e8s le d\u00e9but du <span class=\"smallcaps\">XVII<\/span><sup>e<\/sup> lors du&nbsp;\u00ab&nbsp;Grand Renfermement&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref1\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn1\"><span class=\"smallcaps\">Foucault<\/span> (M.), <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>, Paris, Gallimard, 1972 [1961], p. 56.<\/a>. D\u2019abord destin\u00e9es \u00e0 l\u2019isolement, au redressement et \u00e0 la mise au travail forc\u00e9e d\u2019une population marginale et subalterne h\u00e9t\u00e9roclite&nbsp;\u2013&nbsp;compos\u00e9e certes d\u2019individus r\u00e9put\u00e9s&nbsp;\u00ab&nbsp;fous&nbsp;\u00bb, mais aussi de vagabonds, mendiants, s\u00e9ditieux, libertins, d\u00e9bauch\u00e9s, etc.&nbsp;; bref des \u00ab&nbsp;d\u00e9saffili\u00e9s&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref2\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn2\"><span class=\"smallcaps\">Castel<\/span> (R.), <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale<\/em>, Paris, Fayard, 1995.<\/a> et&nbsp;des \u00ab&nbsp;anormaux&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref3\" class=\"footnote-ref kern3\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn3\"><span class=\"smallcaps\">Foucault<\/span> (M.), <em>Les anormaux. Cours au Coll\u00e8ge de France (1974-1975<\/em>), Paris, Seuil\/Gallimard, 1999.<\/a>, jug\u00e9s tout \u00e0 la fois inutiles sur le plan \u00e9conomique et surtout condamnables sur le plan moral&nbsp;\u2013, les grandes infrastructures disciplinaires d\u2019internement constitutives de ce&nbsp;\u00ab&nbsp;monde correctionnaire&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref4\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn4\"><span class=\"smallcaps\">Foucault<\/span> (M.), <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 92.<\/a> se sont ensuite progressivement diff\u00e9renci\u00e9es, ciblant plus pr\u00e9cis\u00e9ment des&nbsp;\u00ab&nbsp;publics&nbsp;\u00bb&nbsp;sp\u00e9cifiques&nbsp;; l\u2019horizon d\u2019une exp\u00e9rience homog\u00e8ne de l\u2019exclusion commence \u00e0 se d\u00e9tricoter. C\u2019est ainsi qu\u2019apparaissent en Europe, tout au long du <span class=\"smallcaps\">XVIII<\/span><sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, les maisons de fous et autres \u00e9tablissements exclusivement consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019isolement de celles et ceux que l\u2019on reconnait dor\u00e9navant comme situ\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9raison, ou tout au moins sur la ligne de cr\u00eate de sa fronti\u00e8re.\n\nConfin\u00e9e dans un espace qui lui est propre, la folie va alors pour la premi\u00e8re fois d\u00e9voiler la pluralit\u00e9 de ses visages et, par-l\u00e0, se singulariser dans le paysage des anormaux. Les lunatiques ne sont pas semblables aux d\u00e9ments, lesquels se diff\u00e9rencient des imb\u00e9ciles et des ent\u00eat\u00e9s, qui ne peuvent \u00eatre non plus ni assimil\u00e9s aux d\u00e9rang\u00e9s, ni aux enrag\u00e9s. Un \u00ab&nbsp;nouveau partage&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref5\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn5\"><em>Ibid.<\/em>, p. 401-439.<\/a> s\u2019inaugure, renfor\u00e7ant la nettet\u00e9 des contours de l\u2019espace de la d\u00e9raison. L\u2019ali\u00e9n\u00e9 et l\u2019insens\u00e9 se distinguent sur base de leur situation par rapport \u00e0 cet espace&nbsp;; si celui-ci a maintenu un lien certain avec la raison pour mieux la pervertir, la tronquer et se jouer de ses failles, celui-l\u00e0, en revanche, a perdu toute connexion avec elle. La folie se constitue alors non seulement en tant que figure \u00e9pur\u00e9e de la d\u00e9raison \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019ali\u00e9n\u00e9, mais encore en tant que langage autonome. Elle n\u2019est plus l\u2019\u00e9manation d\u2019une parole dont l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 se rapporte \u00e0 des forces invisibles, mais elle parle par elle-m\u00eame et pour elle-m\u00eame<a id=\"chap0fnref6\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn6\"><em>Ibid.<\/em>, p. 414.<\/a>. C\u2019est paradoxalement au moment de son renvoi dans le lieu de la d\u00e9raison que la folie se d\u00e9plie dans un espace de visibilit\u00e9 et de lisibilit\u00e9 \u2013&nbsp;la rendant en quelque sorte saisissable et p\u00e9n\u00e9trable par un regard depuis son ext\u00e9riorit\u00e9, \u00ab&nbsp;perception asilaire&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref7\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn7\"><em>Ibid.<\/em><\/a> s\u2019il en est&nbsp;\u2013 o\u00f9 g\u00eet sa v\u00e9rit\u00e9 profonde et o\u00f9 surgit, \u00e0 la surface de son enveloppe, la possibilit\u00e9 de s\u2019en approcher.\n\nUn tournant suppl\u00e9mentaire est op\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fin du <span class=\"smallcaps\">XVIII<\/span><sup>e<\/sup> \u00e0 Bic\u00eatre, qui accueillait jusqu\u2019alors aussi bien des indigents que des malades ou des criminels. Le m\u00e9decin Philippe Pinel ordonna le retrait des cha\u00eenes et des fers des ali\u00e9n\u00e9s (comme le montre le c\u00e9l\u00e8bre tableau de Charles M\u00fcller), estimant que ces derniers relevaient d\u2019un traitement m\u00e9dical et non d\u2019un ch\u00e2timent social. En de\u00e7\u00e0 de cette r\u00e9\u00e9criture toute romantique de l\u2019histoire traditionnelle de la psychiatrie qui \u00e9rige l\u2019ali\u00e9niste en h\u00e9ros humaniste lib\u00e9rateur (les conditions d\u2019existence des fous dans l\u2019asile demeureront encore tr\u00e8s longtemps rudes et cruelles)<a id=\"chap0fnref8\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn8\">\u00c0 ce sujet, cf. notamment <span class=\"smallcaps\">Qu\u00e9tel (C.), <\/span><em>Histoire de la folie&nbsp;: de l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours<\/em>, Paris, Tallandier, 2009.<\/a>, le geste de Pinel a ceci de symbolique qu\u2019il subsume les d\u00e9placements majeurs de nos conceptions de la folie au sortir de l\u2019\u00e9poque moderne, en ent\u00e9rinant le grand partage entre raison et d\u00e9raison qui se creuse souterrainement depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, et qui culminera bient\u00f4t avec le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pop\u00e9e asilaire \u00e0 proprement parler.\n\nCar d\u00e9sormais, quoique relevant toujours de logiques \u00e9minemment disciplinaires (rappelons que le fameux <em>Trait\u00e9 m\u00e9dico-philosophique sur l\u2019ali\u00e9nation mentale<\/em> de Pinel pr\u00e9conise un&nbsp;\u00ab&nbsp;traitement moral&nbsp;\u00bb&nbsp;reposant sur des principes pour le moins autoritaires), la folie n\u2019est plus exclusivement l\u2019apanage des dispositifs r\u00e9pressifs&nbsp;; puisqu\u2019elle peut \u00eatre identifi\u00e9e et objectiv\u00e9e, diss\u00e9qu\u00e9e et class\u00e9e, log\u00e9e et trait\u00e9e, elle est avant tout l\u2019affaire de la m\u00e9decine, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019ali\u00e9nisme. Aussi ce basculement \u00e9pist\u00e9mologique et politique signe-t-il l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab&nbsp;ordre psychiatrique&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref9\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn9\"><span class=\"smallcaps\">Castel (R.), <\/span><em>L\u2019ordre psychiatrique. L\u2019\u00e2ge d\u2019or de l\u2019ali\u00e9nisme<\/em>, Paris, Minuit, 1976.<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire du placement de la folie sous le giron d\u2019une branche particuli\u00e8re de la m\u00e9decine caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019autonomie croissante de ses pratiques, de ses codes, de ses m\u00e9thodes, de ses savoirs et \u2013&nbsp;surtout&nbsp;\u2013&nbsp;des lieux et espaces o\u00f9 elle se d\u00e9ploie. La capture est totale, sans appel. Successeur de Pinel en tant que m\u00e9decin-chef de la Salp\u00eatri\u00e8re, Jean-\u00c9tienne Esquirol est l\u2019un des artisans principaux de la Loi du 30&nbsp;juin 1838 (rest\u00e9e en vigueur en France jusqu\u2019en 1990) qui contraint chaque d\u00e9partement \u00e0 se doter d\u2019un asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s, afin de prendre en charge les fous selon une m\u00e9thodologie stricte de l\u2019internement, elle aussi inspir\u00e9e par les \u00e9crits d\u2019Esquirol. L\u2019ali\u00e9niste r\u00e8gne en ma\u00eetre sur cet espace qui apparait comme un prolongement de lui-m\u00eame&nbsp;; il enregistre, \u00e9value, enferme, classe, punit, soigne, recherche et th\u00e9orise. L\u2019impl\u00e9mentation du dispositif asilaire partout en Europe ach\u00e8ve d\u2019installer la folie pour de bon \u2013&nbsp;et pour longtemps&nbsp;\u2013 dans son lieu de v\u00e9rit\u00e9.\n\nContrairement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019asile ne constitue pas un lieu dans lequel tout un chacun transitera au moins une fois au cours de sa vie, f\u00fbt-ce comme simple visiteur. La m\u00e9connaissance de ces espaces clos, inh\u00e9rente \u00e0 leur inaccessibilit\u00e9, a assur\u00e9ment contribu\u00e9 \u2013&nbsp;et contribue toujours&nbsp;\u2013&nbsp;\u00e0 entretenir une forme de myst\u00e8re g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019un grand nombre de fantasmes et de repr\u00e9sentations spontan\u00e9es \u00e0 leur endroit, de sorte qu\u2019ils nous apparaissent paradoxalement comme des <em>lieux communs<\/em>. Le cin\u00e9ma n\u2019a pas manqu\u00e9 de se saisir de ce potentiel imaginaire, faisant de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique un d\u00e9cor de choix pour d\u00e9ployer toutes sortes d\u2019intrigues dans lesquelles les figures caricaturales c\u00f4toient la justesse du propos, et <em>vice versa<\/em>. Mais que les nombreux films qui mettent en sc\u00e8ne l\u2019institution psychiatrique soient vraisemblables ou non importe finalement assez peu pour le pr\u00e9sent travail. La t\u00e2che qui nous occupe ne r\u00e9side en effet ni dans un exercice d\u2019\u00e9valuation de la plausibilit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre, pas plus que dans la d\u00e9construction des st\u00e9r\u00e9otypes qui y sont v\u00e9hicul\u00e9s. Tout au contraire, nous chercherons plut\u00f4t \u00e0 interroger comment l\u2019histoire du cin\u00e9ma, tel un miroir \u2013&nbsp;mais un miroir d\u00e9formant<a id=\"chap0fnref10\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn10\"><span class=\"smallcaps\">Zarifian (E.),<\/span> \u00ab&nbsp;La psychiatrie et le cin\u00e9ma, une image en miroir&nbsp;\u00bb, <em>Les tribunes de la sant\u00e9<\/em>, vol. 2, n\u00b011 (2006), p. 39-45.<\/a>&nbsp;\u2013, s\u2019est \u00e9troitement construite en regard de l\u2019histoire de l\u2019asile, au point que l\u2019une et l\u2019autre s\u2019affectent mutuellement.\n\nAux sources de ce travail, un constat&nbsp;: la litt\u00e9rature scientifique dispose d\u2019assez peu de r\u00e9f\u00e9rences en ce qui concerne la mise en images de l\u2019institution psychiatrique. Plus exactement, elle ne propose que tr\u00e8s peu de textes&nbsp;qui croisent le destin du cin\u00e9ma et celui de l\u2019asile. Or, comme tenteront de le montrer modestement les chapitres qui suivent, tous deux entretiennent pourtant des rapports d\u2019affinit\u00e9 et de conflictualit\u00e9, non seulement \u2013&nbsp;cela va sans dire&nbsp;\u2013&nbsp;sur le plan esth\u00e9tique, mais aussi sur les plans historique et politique. Parce que l\u2019asile constitue une forme institutionnelle \u00e0 l\u2019historicit\u00e9 singuli\u00e8re, ses repr\u00e9sentations doivent nous int\u00e9resser pour ce qu\u2019elles disent de la place qu\u2019occupe ce lieu \u00e9trange dans notre contemporan\u00e9it\u00e9 en tant que dispositif concret de r\u00e9gulation de la d\u00e9viance, mais aussi comme figure spectrale aux confins de nos imaginaires. Car \u00e0 l\u2019instar de toute institution sociale<a id=\"chap0fnref11\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn11\"><span class=\"smallcaps\">Godelier (M.), <\/span><em>L\u2019imagin\u00e9, l\u2019imaginaire et le symbolique<\/em>, Paris, CNRS, 2016.<\/a>, l\u2019asile d\u00e9double son existence sur la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire&nbsp;; il s\u2019incarne simultan\u00e9ment dans la mat\u00e9rialit\u00e9 de son appareillage et dans l\u2019image virtuelle de la folie qu\u2019il a durablement fa\u00e7onn\u00e9e entre ses murs. Si d\u2019aucuns pr\u00e9tendent que l\u2019asile psychiatrique s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9 au cours du si\u00e8cle dernier, tandis que d\u2019autres soutiennent que la crise qu\u2019il a travers\u00e9e a pr\u00e9cipit\u00e9 sa disparition du territoire de la psychiatrie, cela n\u2019a finalement que peu d\u2019importance. Transform\u00e9 ou enterr\u00e9, son double imaginaire continue de hanter notre culture, nous imposant, tel un fant\u00f4me, l\u2019h\u00e9ritage sensible d\u2019une exp\u00e9rience de la folie que nous prolongeons malgr\u00e9 nous au pr\u00e9sent, et dont nous ratifions ce faisant l\u2019<em>institution<\/em> (<em>stricto sensu<\/em>), au terme d\u2019un rapport d\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie.\n\nOr il se pourrait bien, justement, que l\u2019image cin\u00e9matographique, eu \u00e9gard \u00e0 son pouvoir in\u00e9dit de r\u00e9flexivit\u00e9<a id=\"chap0fnref12\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn12\"><span class=\"smallcaps\">Morin (E.), <\/span><em>Le Cin\u00e9ma ou l\u2019Homme imaginaire<\/em>, Paris, Gonthier, 1965 <span class=\"smallcaps\">[1958].<\/span><\/a>, soit en mesure de questionner avec un haut degr\u00e9 d\u2019acuit\u00e9 cette empreinte mn\u00e9sique de l\u2019asile qui creuse son sillon \u00e0 la surface de notre m\u00e9moire collective, ouvrant une b\u00e9ance, un <em>impens\u00e9<\/em>, dans lequel na\u00eet \u2013&nbsp;et aussit\u00f4t disparait&nbsp;\u2013 l\u2019insaisissable \u00e9tranget\u00e9 de ce que nous appelons \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb. C\u2019est que l\u2019intelligence de la machine cin\u00e9matographique<a id=\"chap0fnref13\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn13\"><span class=\"smallcaps\">Epstein (J.), <\/span><em>L\u2019intelligence d\u2019une machine, Le cin\u00e9ma du diable et autres \u00e9crits<\/em>. <em>\u00c9crits complets, vol. V (1945-1951)<\/em>, Paris, Independencia, 2014.<\/a>, si ch\u00e8re \u00e0 Jean Epstein, r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 entrelacer flux psychique et flux filmique \u00e0 l\u2019infini<a id=\"chap0fnref14\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn14\"><span class=\"smallcaps\">Morin (E.), <\/span><em>Le Cin\u00e9ma ou l\u2019Homme imaginaire<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 87.<\/a>, au point de nous projeter devant le temps, de rendre sensible la cohorte de spectres qui errent entre ses couches et dont on contemple \u00e0 pr\u00e9sent le scintillement \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Avec le cin\u00e9ma, l\u2019exp\u00e9rience de la folie telle qu\u2019elle s\u2019est constitu\u00e9e dans l\u2019asile nous parvient par voie d\u2019affects, imprimant son trouble \u00e0 m\u00eame notre corps. Mais la puissance des images est susceptible de d\u00e9voiler, du m\u00eame coup, l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice asilaire, en mettant en lumi\u00e8re la duplicit\u00e9 de sa r\u00e9alit\u00e9, la facticit\u00e9 de son entreprise et l\u2019illusion qui habite sa fonction auto-proclam\u00e9e de \u00ab&nbsp;lieu de soin&nbsp;\u00bb. Car si le cin\u00e9ma <em>pense<\/em>, c\u2019est bien parce qu\u2019il ne cesse de nous confronter \u00e0 l\u2019<em>impens\u00e9<\/em> \u2013&nbsp;et peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 l\u2019<em>impensable&nbsp;<\/em>\u2013 de notre rapport au monde, au risque de nous installer dans l\u2019incertitude, le doute, l\u2019angoisse&nbsp;; condition <em>sine qua non<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une d\u00e9marche critique. C\u2019est en tout cas l\u2019une des intuitions qui traverse ce texte de bout en bout.\n\nCeci dit, pr\u00e9cisons-le, ce travail ne se fixe gu\u00e8re d\u2019objectifs pr\u00e9cis en ce qui concerne ses finalit\u00e9s et, bien plus, ses pr\u00e9tentions&nbsp;; ces derni\u00e8res n\u2019\u00e9tant ni de l\u2019ordre de l\u2019exhaustivit\u00e9, ni non plus de l\u2019ordre de la d\u00e9monstration. C\u2019est que contrairement aux usages, ce livre ne s\u2019est pas constitu\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une hypoth\u00e8se clairement d\u00e9finie, pas plus qu\u2019il n\u2019a \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019un exercice de probl\u00e9matisation m\u00e9thodique s\u2019inscrivant dans les normes d\u2019un champ de recherche sp\u00e9cifique. En toute honn\u00eatet\u00e9, ce texte doit plut\u00f4t se concevoir comme une exploration instinctive de directions th\u00e9oriques parfois divergentes, mais toujours ancr\u00e9es dans un rapport \u00e0 la mati\u00e8re de l\u2019image&nbsp;; d\u2019o\u00f9 l\u2019importance que ce propos prenne appui, en permanence, sur une pluralit\u00e9 de productions cin\u00e9matographiques autour desquelles se structure le corps du livre. Cette libert\u00e9 dans la construction des analyses se r\u00e9verb\u00e8re dans l\u2019architecture de l\u2019ouvrage. Il est en effet possible, pour le lecteur, de se plonger dans l\u2019un ou l\u2019autre chapitre sans n\u00e9cessairement avoir lu les pr\u00e9c\u00e9dents. De m\u00eame qu\u2019il lui est tout aussi loisible, s\u2019il le souhaite, de lire l\u2019ensemble du texte \u00e0 front renvers\u00e9, en commen\u00e7ant par la fin. En somme, ce travail s\u2019organise comme il a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9&nbsp;: en d\u00e9sordre. Mais un d\u00e9sordre qui lui conf\u00e8re n\u00e9anmoins cette curieuse marque de franchise inh\u00e9rente \u00e0 toute entreprise artisanale.\n\nConcr\u00e8tement parlant, le texte est organis\u00e9 en cinq chapitres dont nous r\u00e9sumons bri\u00e8vement la teneur. Au d\u00e9part de trois films, le premier chapitre s\u2019attache \u00e0 \u00e9tablir des liens entre des \u00e9crits th\u00e9oriques sur l\u2019institution psychiatrique et son image que le cin\u00e9ma nous propose. La structuration de cet&nbsp;\u00ab&nbsp;empire du dualisme&nbsp;\u00bb&nbsp;donne en effet \u00e0 voir le quotidien d\u2019un univers au caract\u00e8re&nbsp;\u00ab&nbsp;dramaturgique&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref15\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn15\"><span class=\"smallcaps\">Goffman (E.), <\/span><em>La mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne<\/em>, Paris, Minuit, <span class=\"smallcaps\">1973 [1956].<\/span><\/a>, dans la mesure o\u00f9 il est constitutif d\u2019une sc\u00e8ne sociale aux r\u00f4les rigoureusement d\u00e9finis, aux positions singuli\u00e8rement asym\u00e9triques, et au cadre particuli\u00e8rement contraignant. Documentaires ou fictionnels, les films sur l\u2019h\u00f4pital n\u2019ont cess\u00e9 de mettre en exergue les \u00e9carts entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les buts et missions avou\u00e9s de l\u2019institution, et, de l\u2019autre, son fonctionnement effectif. L\u2019asile est ici pens\u00e9 dans toute la <em>duplicit\u00e9<\/em> consubstantielle \u00e0 sa naissance, laquelle, si elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite maintes fois au sein de monographies, n\u2019est jamais apparue avec autant de clart\u00e9 que sur le grand \u00e9cran.\n\nPuis, le second chapitre questionne plus avant la mise en images de l\u2019institution psychiatrique en \u00e9pinglant, entre autres \u00e9l\u00e9ments, les op\u00e9rations de cadrage et de montage qui pr\u00e9sident dans la r\u00e9alisation des films trait\u00e9s au sein du premier chapitre. \u00c0 travers l\u2019institution d\u2019un espace filmique, les r\u00e9alisateurs pr\u00e9sentent une image originale de l\u2019espace institutionnel qui nous renvoie \u00e0 ses propri\u00e9t\u00e9s fondamentales. En les inscrivant dans la mati\u00e8re de l\u2019image, le dispositif cin\u00e9matographique <em>pense<\/em> l\u2019institution de fa\u00e7on in\u00e9dite et nous fournit, en creux, de pr\u00e9cieux renseignements sur ses&nbsp;\u00ab&nbsp;technologies&nbsp;\u00bb de prise en charge qu\u2019il s\u2019agira d\u2019analyser \u00e0 l\u2019aune des images que nous proposent les films. \u00c0 ce propos, il est utile de r\u00e9p\u00e9ter combien l\u2019\u00e9laboration de ce travail s\u2019est faite au contact des images&nbsp;; c\u2019est pourquoi de nombreux photogrammes balisent le texte. Ce recours aux images ne poursuit pas une vocation \u00ab&nbsp;illustrative&nbsp;\u00bb, mais se borne autant que faire se peut \u00e0 fournir au lecteur un \u00e9chantillon visuel de la matrice sensible sur laquelle repose l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du propos. Bien entendu, aucune image fixe et inanim\u00e9e ne saurait remplacer l\u2019exp\u00e9rience du film qui demeure sans doute indispensable en vue de la bonne compr\u00e9hension des analyses qui suivent.\n\nLe troisi\u00e8me chapitre laisse quant \u00e0 lui de c\u00f4t\u00e9 les films \u00e9tudi\u00e9s dans les chapitres ant\u00e9rieurs pour se concentrer sur trois autres productions qui usent de l\u2019institution psychiatrique comme espace di\u00e9g\u00e9tique propice au d\u00e9ploiement d\u2019une \u00e9nigme<em>.<\/em> Toute contenue non seulement dans la folie des personnages mais aussi dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de l\u2019asile, il s\u2019agira, d\u2019abord, d\u2019analyser comment cette \u00e9nigme fixe les coordonn\u00e9es spatio-temporelles du r\u00e9cit qu\u2019elle engendre pour aboutir \u00e0 son \u00e9lucidation. Ensuite, nous montrerons combien le r\u00e9cit \u00e9nigmatique, du moment qu\u2019il prend place au sein de l\u2019asile \u2013&nbsp;et donc dans un lieu faisant la part belle au <em>d\u00e9lire<\/em>&nbsp;\u2013, questionne le statut de la v\u00e9rit\u00e9 aussi bien dans la narration que dans l\u2019image cin\u00e9matographique. Enfin, ces analyses nous conduiront \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir quant au pouvoir&nbsp;\u00ab&nbsp;falsificateur&nbsp;\u00bb&nbsp;du cin\u00e9ma. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce chapitre r\u00e9side, \u00e0 notre sens, dans ce qu\u2019il donne \u00e0 penser du cin\u00e9ma en tant que \u00ab&nbsp;faussaire&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que machine qui exploite pleinement&nbsp;\u00ab&nbsp;les puissances du faux&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref16\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn16\"><span class=\"smallcaps\">Deleuze (G.), <\/span><em>Cin\u00e9ma 2. L\u2019image-temps<\/em>, Paris, Minuit, 2002 [1985], p. 165.<\/a>, et ce tout particuli\u00e8rement lorsque le r\u00e9cit s\u2019inscrit dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 propre \u00e0 l\u2019espace asilaire.\n\nLe quatri\u00e8me chapitre se penche sur les perspectives critiques qui \u00e9manent des rapports historiques entre le cin\u00e9ma et l\u2019asile. C\u2019est que le dispositif asilaire est entr\u00e9 en crise au sortir de la Seconde Guerre Mondiale et, dans le m\u00eame temps, s\u2019est \u00e9rig\u00e9 comme une th\u00e9matique de choix pour de nombreux cin\u00e9astes. Cette concomitance ne rel\u00e8ve en rien de la rencontre fortuite ou de la simple co\u00efncidence. Bien au contraire, il se pourrait que la multiplication des films sur l\u2019asile ait accompagn\u00e9 le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00ab&nbsp;antipsychiatrie&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;qui elle-m\u00eame s\u2019inscrit au c\u0153ur d\u2019un plus vaste mouvement contestataire&nbsp;\u2013&nbsp;tant\u00f4t avec des films visant \u00e0 \u00e9pingler le caract\u00e8re totalitaire de l\u2019asile&nbsp;; tant\u00f4t avec des productions t\u00e9moignant de l\u2019av\u00e8nement de formes institutionnelles in\u00e9dites d\u2019accueil du trouble. Dans la foul\u00e9e, un cinqui\u00e8me et dernier chapitre, plus court, questionne les transformations contemporaines de l\u2019institution psychiatrique qui font suite \u00e0 cette p\u00e9riode de crise. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les politiques sanitaires promeuvent la \u00ab&nbsp;d\u00e9sinstitutionnalisation&nbsp;\u00bb des soins, de m\u00eame que la \u00ab&nbsp;d\u00e9stigmatisation&nbsp;\u00bb des troubles psychiques, l\u2019h\u00f4pital psychiatrique pourrait sembler \u00eatre un mauvais souvenir. Pourtant, l\u2019articulation de la psychiatrie et d\u2019une culture globale de la sant\u00e9 mentale d\u00e9bouche plut\u00f4t sur un mode de gouvernement gestionnaire de ce que nous identifions comme \u00e9tranget\u00e9, donnant \u00e0 l\u2019asile un nouveau visage en m\u00eame temps qu\u2019un second souffle.\n\nEnfin, loin de s\u2019apparenter \u00e0 un propos de cl\u00f4ture, les conclusions de ce cheminement sont con\u00e7ues comme autant d\u2019ouvertures \u00e0 une pluralit\u00e9 de d\u00e9bats autour du cin\u00e9ma, de sa place singuli\u00e8re dans l\u2019Histoire et de son potentiel <em>destituant<\/em>. Le lecteur saura reconnaitre que les pistes avanc\u00e9es dans ces quelques lignes rel\u00e8vent davantage d\u2019une tentative&nbsp;acrobatique de synth\u00e8se des intuitions qui ponctuent ce texte. Il nous semblait en effet plus pertinent de proposer, en guise d\u2019ultimes r\u00e9flexions, des perspectives de recherche et d\u2019analyse en lieu et place d\u2019un simple r\u00e9sum\u00e9 superflu et redondant.\n\nComme l\u2019indique son sous-titre, cet ouvrage doit \u00eatre lu comme un essai, au sens strict, c\u2019est-\u00e0-dire en tant qu\u2019il d\u00e9roule une r\u00e9flexion nourrie d\u2019un point de vue sur l\u2019institution psychiatrique&nbsp;; point de vue qu\u2019il s\u2019agira d\u2019\u00e9tayer, de documenter et de mettre en lien avec les productions cin\u00e9matographiques. La forme essai laisse \u00e9galement entendre que les propositions d\u2019analyse gagneraient tr\u00e8s certainement \u00e0 \u00eatre peaufin\u00e9es, pr\u00e9cis\u00e9es et approfondies dans le cadre d\u2019une recherche plus sp\u00e9cifique sur l\u2019une ou l\u2019autre de ces facettes. Ceci pour dire que cet ouvrage est constitu\u00e9 d\u2019une mati\u00e8re vivante, extraite aussi bien d\u2019intuitions et d\u2019exp\u00e9riences, que d\u2019un travail de lecture et de conceptualisation&nbsp;\u2013&nbsp;l\u2019une et l\u2019autre de ces faces \u00e9tant bien entendu \u00e0 comprendre dans le rapport dialectique qu\u2019elles entretiennent. Force est de constater qu\u2019un retour r\u00e9flexif sur cet exercice montre qu\u2019il rec\u00e8le un certain nombre de maladresses, d\u2019approximations et d\u2019angles morts. Celles-ci pourront peut-\u00eatre faire l\u2019objet de discussions prochaines avec les lecteurs de ce livre, si tant est qu\u2019ils y trouvent une mati\u00e8re propice au d\u00e9bat. En tout cas, nous l\u2019esp\u00e9rons sinc\u00e8rement.\n\nUn dernier mot encore. Quiconque \u00e9crit sur l\u2019asile \u2013&nbsp;y compris lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte acad\u00e9mique \u00e0 vocation th\u00e9orique&nbsp;\u2013 ne peut se permettre de faire l\u2019impasse sur la violence qui structure historiquement son fonctionnement. De l\u2019enfermement \u00e0 la m\u00e9dication \u00e0 outrance, de la lobotomie aux \u00e9lectrochocs, le dispositif asilaire s\u2019est \u00e9rig\u00e9 d\u00e8s sa naissance \u00e0 la fois comme source de mat\u00e9riau humain rendu disponible du fait de sa condition subalterne, et comme laboratoire usant de ce m\u00eame mat\u00e9riau pour r\u00e9aliser toutes sortes d\u2019exp\u00e9riences <em>in vivo<\/em>. Malheureusement, contrairement \u00e0 ce que d\u2019aucuns se plaisent \u00e0 sugg\u00e9rer, ce temps n\u2019est gu\u00e8re r\u00e9volu. Aujourd\u2019hui encore, des personnes sont soumises \u00e0 des traitements contraints et d\u00e9gradants, au m\u00e9pris des droits du patient, au c\u0153ur de nos h\u00f4pitaux psychiatriques. Pour certaines d\u2019entre elles, il n\u2019y aura gu\u00e8re de sortie&nbsp;; la mort est toujours une r\u00e9alit\u00e9 dans nos institutions. Quant aux survivants, quelques-uns d\u00e9dient leur vie \u00e0 t\u00e9moigner et \u00e0 lutter, mettant \u00e0 disposition leurs savoirs afin qu\u2019un jour, le plus t\u00f4t possible, leur exp\u00e9rience ne puisse se reproduire sur d\u2019autres personnes. Ce texte ne saurait pr\u00e9tendre au statut d\u2019hommage, ni \u00e0 plus forte raison \u00e0 celui de soutien \u00e0 tous les psychiatris\u00e9s&nbsp;; il ne comporte rien qui ne leur soit inconnu. Sinon une dette immense \u00e0 leur \u00e9gard.\n","rendered":"<p>C\u2019est un truisme que de le rappeler&nbsp;: ces ph\u00e9nom\u00e8nes que l\u2019on nomme \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb demeure toujours associ\u00e9e \u00e0 une myriade de repr\u00e9sentations sociales et culturelles \u2013&nbsp;tant\u00f4t coh\u00e9rentes, tant\u00f4t contradictoires&nbsp;\u2013&nbsp;qui impr\u00e8gnent notre imaginaire collectif et t\u00e9moignent du caract\u00e8re n\u00e9cessairement pluriel d\u2019un tel fait social. S\u2019il fallait n\u00e9anmoins isoler une image en particulier, qui est si durablement arrim\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la folie qu\u2019elle en est devenue, dans notre culture, l\u2019une des figures principales sinon la figure <em>princeps<\/em>, nul doute qu\u2019il s\u2019agirait du lieu au sein duquel celle-ci fut historiquement identifi\u00e9e, diagnostiqu\u00e9e, enferm\u00e9e, trait\u00e9e et rel\u00e9gu\u00e9e&nbsp;; \u00e0 savoir l\u2019asile psychiatrique.<\/p>\n<p>Quelque quatre si\u00e8cles nous s\u00e9parent d\u00e9sormais de l\u2019invention de ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui coutume d\u2019appeler l\u2019\u00ab&nbsp;h\u00f4pital psychiatrique&nbsp;\u00bb, dont Michel Foucault a situ\u00e9 non pas la naissance \u00e0 proprement parler, mais plut\u00f4t la pr\u00e9figuration en Europe d\u00e8s le d\u00e9but du <span class=\"smallcaps\">XVII<\/span><sup>e<\/sup> lors du&nbsp;\u00ab&nbsp;Grand Renfermement&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref1\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn1\"><span class=\"smallcaps\">Foucault<\/span> (M.), <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>, Paris, Gallimard, 1972 [1961], p. 56.<\/a>. D\u2019abord destin\u00e9es \u00e0 l\u2019isolement, au redressement et \u00e0 la mise au travail forc\u00e9e d\u2019une population marginale et subalterne h\u00e9t\u00e9roclite&nbsp;\u2013&nbsp;compos\u00e9e certes d\u2019individus r\u00e9put\u00e9s&nbsp;\u00ab&nbsp;fous&nbsp;\u00bb, mais aussi de vagabonds, mendiants, s\u00e9ditieux, libertins, d\u00e9bauch\u00e9s, etc.&nbsp;; bref des \u00ab&nbsp;d\u00e9saffili\u00e9s&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref2\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn2\"><span class=\"smallcaps\">Castel<\/span> (R.), <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale<\/em>, Paris, Fayard, 1995.<\/a> et&nbsp;des \u00ab&nbsp;anormaux&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref3\" class=\"footnote-ref kern3\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn3\"><span class=\"smallcaps\">Foucault<\/span> (M.), <em>Les anormaux. Cours au Coll\u00e8ge de France (1974-1975<\/em>), Paris, Seuil\/Gallimard, 1999.<\/a>, jug\u00e9s tout \u00e0 la fois inutiles sur le plan \u00e9conomique et surtout condamnables sur le plan moral&nbsp;\u2013, les grandes infrastructures disciplinaires d\u2019internement constitutives de ce&nbsp;\u00ab&nbsp;monde correctionnaire&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref4\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn4\"><span class=\"smallcaps\">Foucault<\/span> (M.), <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 92.<\/a> se sont ensuite progressivement diff\u00e9renci\u00e9es, ciblant plus pr\u00e9cis\u00e9ment des&nbsp;\u00ab&nbsp;publics&nbsp;\u00bb&nbsp;sp\u00e9cifiques&nbsp;; l\u2019horizon d\u2019une exp\u00e9rience homog\u00e8ne de l\u2019exclusion commence \u00e0 se d\u00e9tricoter. C\u2019est ainsi qu\u2019apparaissent en Europe, tout au long du <span class=\"smallcaps\">XVIII<\/span><sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, les maisons de fous et autres \u00e9tablissements exclusivement consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019isolement de celles et ceux que l\u2019on reconnait dor\u00e9navant comme situ\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9raison, ou tout au moins sur la ligne de cr\u00eate de sa fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Confin\u00e9e dans un espace qui lui est propre, la folie va alors pour la premi\u00e8re fois d\u00e9voiler la pluralit\u00e9 de ses visages et, par-l\u00e0, se singulariser dans le paysage des anormaux. Les lunatiques ne sont pas semblables aux d\u00e9ments, lesquels se diff\u00e9rencient des imb\u00e9ciles et des ent\u00eat\u00e9s, qui ne peuvent \u00eatre non plus ni assimil\u00e9s aux d\u00e9rang\u00e9s, ni aux enrag\u00e9s. Un \u00ab&nbsp;nouveau partage&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref5\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn5\"><em>Ibid.<\/em>, p. 401-439.<\/a> s\u2019inaugure, renfor\u00e7ant la nettet\u00e9 des contours de l\u2019espace de la d\u00e9raison. L\u2019ali\u00e9n\u00e9 et l\u2019insens\u00e9 se distinguent sur base de leur situation par rapport \u00e0 cet espace&nbsp;; si celui-ci a maintenu un lien certain avec la raison pour mieux la pervertir, la tronquer et se jouer de ses failles, celui-l\u00e0, en revanche, a perdu toute connexion avec elle. La folie se constitue alors non seulement en tant que figure \u00e9pur\u00e9e de la d\u00e9raison \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019ali\u00e9n\u00e9, mais encore en tant que langage autonome. Elle n\u2019est plus l\u2019\u00e9manation d\u2019une parole dont l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 se rapporte \u00e0 des forces invisibles, mais elle parle par elle-m\u00eame et pour elle-m\u00eame<a id=\"chap0fnref6\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn6\"><em>Ibid.<\/em>, p. 414.<\/a>. C\u2019est paradoxalement au moment de son renvoi dans le lieu de la d\u00e9raison que la folie se d\u00e9plie dans un espace de visibilit\u00e9 et de lisibilit\u00e9 \u2013&nbsp;la rendant en quelque sorte saisissable et p\u00e9n\u00e9trable par un regard depuis son ext\u00e9riorit\u00e9, \u00ab&nbsp;perception asilaire&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref7\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn7\"><em>Ibid.<\/em><\/a> s\u2019il en est&nbsp;\u2013 o\u00f9 g\u00eet sa v\u00e9rit\u00e9 profonde et o\u00f9 surgit, \u00e0 la surface de son enveloppe, la possibilit\u00e9 de s\u2019en approcher.<\/p>\n<p>Un tournant suppl\u00e9mentaire est op\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fin du <span class=\"smallcaps\">XVIII<\/span><sup>e<\/sup> \u00e0 Bic\u00eatre, qui accueillait jusqu\u2019alors aussi bien des indigents que des malades ou des criminels. Le m\u00e9decin Philippe Pinel ordonna le retrait des cha\u00eenes et des fers des ali\u00e9n\u00e9s (comme le montre le c\u00e9l\u00e8bre tableau de Charles M\u00fcller), estimant que ces derniers relevaient d\u2019un traitement m\u00e9dical et non d\u2019un ch\u00e2timent social. En de\u00e7\u00e0 de cette r\u00e9\u00e9criture toute romantique de l\u2019histoire traditionnelle de la psychiatrie qui \u00e9rige l\u2019ali\u00e9niste en h\u00e9ros humaniste lib\u00e9rateur (les conditions d\u2019existence des fous dans l\u2019asile demeureront encore tr\u00e8s longtemps rudes et cruelles)<a id=\"chap0fnref8\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn8\">\u00c0 ce sujet, cf. notamment <span class=\"smallcaps\">Qu\u00e9tel (C.), <\/span><em>Histoire de la folie&nbsp;: de l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours<\/em>, Paris, Tallandier, 2009.<\/a>, le geste de Pinel a ceci de symbolique qu\u2019il subsume les d\u00e9placements majeurs de nos conceptions de la folie au sortir de l\u2019\u00e9poque moderne, en ent\u00e9rinant le grand partage entre raison et d\u00e9raison qui se creuse souterrainement depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle, et qui culminera bient\u00f4t avec le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pop\u00e9e asilaire \u00e0 proprement parler.<\/p>\n<p>Car d\u00e9sormais, quoique relevant toujours de logiques \u00e9minemment disciplinaires (rappelons que le fameux <em>Trait\u00e9 m\u00e9dico-philosophique sur l\u2019ali\u00e9nation mentale<\/em> de Pinel pr\u00e9conise un&nbsp;\u00ab&nbsp;traitement moral&nbsp;\u00bb&nbsp;reposant sur des principes pour le moins autoritaires), la folie n\u2019est plus exclusivement l\u2019apanage des dispositifs r\u00e9pressifs&nbsp;; puisqu\u2019elle peut \u00eatre identifi\u00e9e et objectiv\u00e9e, diss\u00e9qu\u00e9e et class\u00e9e, log\u00e9e et trait\u00e9e, elle est avant tout l\u2019affaire de la m\u00e9decine, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019ali\u00e9nisme. Aussi ce basculement \u00e9pist\u00e9mologique et politique signe-t-il l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab&nbsp;ordre psychiatrique&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref9\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn9\"><span class=\"smallcaps\">Castel (R.), <\/span><em>L\u2019ordre psychiatrique. L\u2019\u00e2ge d\u2019or de l\u2019ali\u00e9nisme<\/em>, Paris, Minuit, 1976.<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire du placement de la folie sous le giron d\u2019une branche particuli\u00e8re de la m\u00e9decine caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019autonomie croissante de ses pratiques, de ses codes, de ses m\u00e9thodes, de ses savoirs et \u2013&nbsp;surtout&nbsp;\u2013&nbsp;des lieux et espaces o\u00f9 elle se d\u00e9ploie. La capture est totale, sans appel. Successeur de Pinel en tant que m\u00e9decin-chef de la Salp\u00eatri\u00e8re, Jean-\u00c9tienne Esquirol est l\u2019un des artisans principaux de la Loi du 30&nbsp;juin 1838 (rest\u00e9e en vigueur en France jusqu\u2019en 1990) qui contraint chaque d\u00e9partement \u00e0 se doter d\u2019un asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s, afin de prendre en charge les fous selon une m\u00e9thodologie stricte de l\u2019internement, elle aussi inspir\u00e9e par les \u00e9crits d\u2019Esquirol. L\u2019ali\u00e9niste r\u00e8gne en ma\u00eetre sur cet espace qui apparait comme un prolongement de lui-m\u00eame&nbsp;; il enregistre, \u00e9value, enferme, classe, punit, soigne, recherche et th\u00e9orise. L\u2019impl\u00e9mentation du dispositif asilaire partout en Europe ach\u00e8ve d\u2019installer la folie pour de bon \u2013&nbsp;et pour longtemps&nbsp;\u2013 dans son lieu de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019asile ne constitue pas un lieu dans lequel tout un chacun transitera au moins une fois au cours de sa vie, f\u00fbt-ce comme simple visiteur. La m\u00e9connaissance de ces espaces clos, inh\u00e9rente \u00e0 leur inaccessibilit\u00e9, a assur\u00e9ment contribu\u00e9 \u2013&nbsp;et contribue toujours&nbsp;\u2013&nbsp;\u00e0 entretenir une forme de myst\u00e8re g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019un grand nombre de fantasmes et de repr\u00e9sentations spontan\u00e9es \u00e0 leur endroit, de sorte qu\u2019ils nous apparaissent paradoxalement comme des <em>lieux communs<\/em>. Le cin\u00e9ma n\u2019a pas manqu\u00e9 de se saisir de ce potentiel imaginaire, faisant de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique un d\u00e9cor de choix pour d\u00e9ployer toutes sortes d\u2019intrigues dans lesquelles les figures caricaturales c\u00f4toient la justesse du propos, et <em>vice versa<\/em>. Mais que les nombreux films qui mettent en sc\u00e8ne l\u2019institution psychiatrique soient vraisemblables ou non importe finalement assez peu pour le pr\u00e9sent travail. La t\u00e2che qui nous occupe ne r\u00e9side en effet ni dans un exercice d\u2019\u00e9valuation de la plausibilit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre, pas plus que dans la d\u00e9construction des st\u00e9r\u00e9otypes qui y sont v\u00e9hicul\u00e9s. Tout au contraire, nous chercherons plut\u00f4t \u00e0 interroger comment l\u2019histoire du cin\u00e9ma, tel un miroir \u2013&nbsp;mais un miroir d\u00e9formant<a id=\"chap0fnref10\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn10\"><span class=\"smallcaps\">Zarifian (E.),<\/span> \u00ab&nbsp;La psychiatrie et le cin\u00e9ma, une image en miroir&nbsp;\u00bb, <em>Les tribunes de la sant\u00e9<\/em>, vol. 2, n\u00b011 (2006), p. 39-45.<\/a>&nbsp;\u2013, s\u2019est \u00e9troitement construite en regard de l\u2019histoire de l\u2019asile, au point que l\u2019une et l\u2019autre s\u2019affectent mutuellement.<\/p>\n<p>Aux sources de ce travail, un constat&nbsp;: la litt\u00e9rature scientifique dispose d\u2019assez peu de r\u00e9f\u00e9rences en ce qui concerne la mise en images de l\u2019institution psychiatrique. Plus exactement, elle ne propose que tr\u00e8s peu de textes&nbsp;qui croisent le destin du cin\u00e9ma et celui de l\u2019asile. Or, comme tenteront de le montrer modestement les chapitres qui suivent, tous deux entretiennent pourtant des rapports d\u2019affinit\u00e9 et de conflictualit\u00e9, non seulement \u2013&nbsp;cela va sans dire&nbsp;\u2013&nbsp;sur le plan esth\u00e9tique, mais aussi sur les plans historique et politique. Parce que l\u2019asile constitue une forme institutionnelle \u00e0 l\u2019historicit\u00e9 singuli\u00e8re, ses repr\u00e9sentations doivent nous int\u00e9resser pour ce qu\u2019elles disent de la place qu\u2019occupe ce lieu \u00e9trange dans notre contemporan\u00e9it\u00e9 en tant que dispositif concret de r\u00e9gulation de la d\u00e9viance, mais aussi comme figure spectrale aux confins de nos imaginaires. Car \u00e0 l\u2019instar de toute institution sociale<a id=\"chap0fnref11\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn11\"><span class=\"smallcaps\">Godelier (M.), <\/span><em>L\u2019imagin\u00e9, l\u2019imaginaire et le symbolique<\/em>, Paris, CNRS, 2016.<\/a>, l\u2019asile d\u00e9double son existence sur la sc\u00e8ne de l\u2019Histoire&nbsp;; il s\u2019incarne simultan\u00e9ment dans la mat\u00e9rialit\u00e9 de son appareillage et dans l\u2019image virtuelle de la folie qu\u2019il a durablement fa\u00e7onn\u00e9e entre ses murs. Si d\u2019aucuns pr\u00e9tendent que l\u2019asile psychiatrique s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9 au cours du si\u00e8cle dernier, tandis que d\u2019autres soutiennent que la crise qu\u2019il a travers\u00e9e a pr\u00e9cipit\u00e9 sa disparition du territoire de la psychiatrie, cela n\u2019a finalement que peu d\u2019importance. Transform\u00e9 ou enterr\u00e9, son double imaginaire continue de hanter notre culture, nous imposant, tel un fant\u00f4me, l\u2019h\u00e9ritage sensible d\u2019une exp\u00e9rience de la folie que nous prolongeons malgr\u00e9 nous au pr\u00e9sent, et dont nous ratifions ce faisant l\u2019<em>institution<\/em> (<em>stricto sensu<\/em>), au terme d\u2019un rapport d\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie.<\/p>\n<p>Or il se pourrait bien, justement, que l\u2019image cin\u00e9matographique, eu \u00e9gard \u00e0 son pouvoir in\u00e9dit de r\u00e9flexivit\u00e9<a id=\"chap0fnref12\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn12\"><span class=\"smallcaps\">Morin (E.), <\/span><em>Le Cin\u00e9ma ou l\u2019Homme imaginaire<\/em>, Paris, Gonthier, 1965 <span class=\"smallcaps\">[1958].<\/span><\/a>, soit en mesure de questionner avec un haut degr\u00e9 d\u2019acuit\u00e9 cette empreinte mn\u00e9sique de l\u2019asile qui creuse son sillon \u00e0 la surface de notre m\u00e9moire collective, ouvrant une b\u00e9ance, un <em>impens\u00e9<\/em>, dans lequel na\u00eet \u2013&nbsp;et aussit\u00f4t disparait&nbsp;\u2013 l\u2019insaisissable \u00e9tranget\u00e9 de ce que nous appelons \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb. C\u2019est que l\u2019intelligence de la machine cin\u00e9matographique<a id=\"chap0fnref13\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn13\"><span class=\"smallcaps\">Epstein (J.), <\/span><em>L\u2019intelligence d\u2019une machine, Le cin\u00e9ma du diable et autres \u00e9crits<\/em>. <em>\u00c9crits complets, vol. V (1945-1951)<\/em>, Paris, Independencia, 2014.<\/a>, si ch\u00e8re \u00e0 Jean Epstein, r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 entrelacer flux psychique et flux filmique \u00e0 l\u2019infini<a id=\"chap0fnref14\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn14\"><span class=\"smallcaps\">Morin (E.), <\/span><em>Le Cin\u00e9ma ou l\u2019Homme imaginaire<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 87.<\/a>, au point de nous projeter devant le temps, de rendre sensible la cohorte de spectres qui errent entre ses couches et dont on contemple \u00e0 pr\u00e9sent le scintillement \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Avec le cin\u00e9ma, l\u2019exp\u00e9rience de la folie telle qu\u2019elle s\u2019est constitu\u00e9e dans l\u2019asile nous parvient par voie d\u2019affects, imprimant son trouble \u00e0 m\u00eame notre corps. Mais la puissance des images est susceptible de d\u00e9voiler, du m\u00eame coup, l\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice asilaire, en mettant en lumi\u00e8re la duplicit\u00e9 de sa r\u00e9alit\u00e9, la facticit\u00e9 de son entreprise et l\u2019illusion qui habite sa fonction auto-proclam\u00e9e de \u00ab&nbsp;lieu de soin&nbsp;\u00bb. Car si le cin\u00e9ma <em>pense<\/em>, c\u2019est bien parce qu\u2019il ne cesse de nous confronter \u00e0 l\u2019<em>impens\u00e9<\/em> \u2013&nbsp;et peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 l\u2019<em>impensable&nbsp;<\/em>\u2013 de notre rapport au monde, au risque de nous installer dans l\u2019incertitude, le doute, l\u2019angoisse&nbsp;; condition <em>sine qua non<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une d\u00e9marche critique. C\u2019est en tout cas l\u2019une des intuitions qui traverse ce texte de bout en bout.<\/p>\n<p>Ceci dit, pr\u00e9cisons-le, ce travail ne se fixe gu\u00e8re d\u2019objectifs pr\u00e9cis en ce qui concerne ses finalit\u00e9s et, bien plus, ses pr\u00e9tentions&nbsp;; ces derni\u00e8res n\u2019\u00e9tant ni de l\u2019ordre de l\u2019exhaustivit\u00e9, ni non plus de l\u2019ordre de la d\u00e9monstration. C\u2019est que contrairement aux usages, ce livre ne s\u2019est pas constitu\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une hypoth\u00e8se clairement d\u00e9finie, pas plus qu\u2019il n\u2019a \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019un exercice de probl\u00e9matisation m\u00e9thodique s\u2019inscrivant dans les normes d\u2019un champ de recherche sp\u00e9cifique. En toute honn\u00eatet\u00e9, ce texte doit plut\u00f4t se concevoir comme une exploration instinctive de directions th\u00e9oriques parfois divergentes, mais toujours ancr\u00e9es dans un rapport \u00e0 la mati\u00e8re de l\u2019image&nbsp;; d\u2019o\u00f9 l\u2019importance que ce propos prenne appui, en permanence, sur une pluralit\u00e9 de productions cin\u00e9matographiques autour desquelles se structure le corps du livre. Cette libert\u00e9 dans la construction des analyses se r\u00e9verb\u00e8re dans l\u2019architecture de l\u2019ouvrage. Il est en effet possible, pour le lecteur, de se plonger dans l\u2019un ou l\u2019autre chapitre sans n\u00e9cessairement avoir lu les pr\u00e9c\u00e9dents. De m\u00eame qu\u2019il lui est tout aussi loisible, s\u2019il le souhaite, de lire l\u2019ensemble du texte \u00e0 front renvers\u00e9, en commen\u00e7ant par la fin. En somme, ce travail s\u2019organise comme il a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9&nbsp;: en d\u00e9sordre. Mais un d\u00e9sordre qui lui conf\u00e8re n\u00e9anmoins cette curieuse marque de franchise inh\u00e9rente \u00e0 toute entreprise artisanale.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement parlant, le texte est organis\u00e9 en cinq chapitres dont nous r\u00e9sumons bri\u00e8vement la teneur. Au d\u00e9part de trois films, le premier chapitre s\u2019attache \u00e0 \u00e9tablir des liens entre des \u00e9crits th\u00e9oriques sur l\u2019institution psychiatrique et son image que le cin\u00e9ma nous propose. La structuration de cet&nbsp;\u00ab&nbsp;empire du dualisme&nbsp;\u00bb&nbsp;donne en effet \u00e0 voir le quotidien d\u2019un univers au caract\u00e8re&nbsp;\u00ab&nbsp;dramaturgique&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref15\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn15\"><span class=\"smallcaps\">Goffman (E.), <\/span><em>La mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne<\/em>, Paris, Minuit, <span class=\"smallcaps\">1973 [1956].<\/span><\/a>, dans la mesure o\u00f9 il est constitutif d\u2019une sc\u00e8ne sociale aux r\u00f4les rigoureusement d\u00e9finis, aux positions singuli\u00e8rement asym\u00e9triques, et au cadre particuli\u00e8rement contraignant. Documentaires ou fictionnels, les films sur l\u2019h\u00f4pital n\u2019ont cess\u00e9 de mettre en exergue les \u00e9carts entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les buts et missions avou\u00e9s de l\u2019institution, et, de l\u2019autre, son fonctionnement effectif. L\u2019asile est ici pens\u00e9 dans toute la <em>duplicit\u00e9<\/em> consubstantielle \u00e0 sa naissance, laquelle, si elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite maintes fois au sein de monographies, n\u2019est jamais apparue avec autant de clart\u00e9 que sur le grand \u00e9cran.<\/p>\n<p>Puis, le second chapitre questionne plus avant la mise en images de l\u2019institution psychiatrique en \u00e9pinglant, entre autres \u00e9l\u00e9ments, les op\u00e9rations de cadrage et de montage qui pr\u00e9sident dans la r\u00e9alisation des films trait\u00e9s au sein du premier chapitre. \u00c0 travers l\u2019institution d\u2019un espace filmique, les r\u00e9alisateurs pr\u00e9sentent une image originale de l\u2019espace institutionnel qui nous renvoie \u00e0 ses propri\u00e9t\u00e9s fondamentales. En les inscrivant dans la mati\u00e8re de l\u2019image, le dispositif cin\u00e9matographique <em>pense<\/em> l\u2019institution de fa\u00e7on in\u00e9dite et nous fournit, en creux, de pr\u00e9cieux renseignements sur ses&nbsp;\u00ab&nbsp;technologies&nbsp;\u00bb de prise en charge qu\u2019il s\u2019agira d\u2019analyser \u00e0 l\u2019aune des images que nous proposent les films. \u00c0 ce propos, il est utile de r\u00e9p\u00e9ter combien l\u2019\u00e9laboration de ce travail s\u2019est faite au contact des images&nbsp;; c\u2019est pourquoi de nombreux photogrammes balisent le texte. Ce recours aux images ne poursuit pas une vocation \u00ab&nbsp;illustrative&nbsp;\u00bb, mais se borne autant que faire se peut \u00e0 fournir au lecteur un \u00e9chantillon visuel de la matrice sensible sur laquelle repose l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du propos. Bien entendu, aucune image fixe et inanim\u00e9e ne saurait remplacer l\u2019exp\u00e9rience du film qui demeure sans doute indispensable en vue de la bonne compr\u00e9hension des analyses qui suivent.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me chapitre laisse quant \u00e0 lui de c\u00f4t\u00e9 les films \u00e9tudi\u00e9s dans les chapitres ant\u00e9rieurs pour se concentrer sur trois autres productions qui usent de l\u2019institution psychiatrique comme espace di\u00e9g\u00e9tique propice au d\u00e9ploiement d\u2019une \u00e9nigme<em>.<\/em> Toute contenue non seulement dans la folie des personnages mais aussi dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de l\u2019asile, il s\u2019agira, d\u2019abord, d\u2019analyser comment cette \u00e9nigme fixe les coordonn\u00e9es spatio-temporelles du r\u00e9cit qu\u2019elle engendre pour aboutir \u00e0 son \u00e9lucidation. Ensuite, nous montrerons combien le r\u00e9cit \u00e9nigmatique, du moment qu\u2019il prend place au sein de l\u2019asile \u2013&nbsp;et donc dans un lieu faisant la part belle au <em>d\u00e9lire<\/em>&nbsp;\u2013, questionne le statut de la v\u00e9rit\u00e9 aussi bien dans la narration que dans l\u2019image cin\u00e9matographique. Enfin, ces analyses nous conduiront \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir quant au pouvoir&nbsp;\u00ab&nbsp;falsificateur&nbsp;\u00bb&nbsp;du cin\u00e9ma. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce chapitre r\u00e9side, \u00e0 notre sens, dans ce qu\u2019il donne \u00e0 penser du cin\u00e9ma en tant que \u00ab&nbsp;faussaire&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que machine qui exploite pleinement&nbsp;\u00ab&nbsp;les puissances du faux&nbsp;\u00bb<a id=\"chap0fnref16\" class=\"footnote-ref\" role=\"doc-noteref\" href=\"#fn16\"><span class=\"smallcaps\">Deleuze (G.), <\/span><em>Cin\u00e9ma 2. L\u2019image-temps<\/em>, Paris, Minuit, 2002 [1985], p. 165.<\/a>, et ce tout particuli\u00e8rement lorsque le r\u00e9cit s\u2019inscrit dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 propre \u00e0 l\u2019espace asilaire.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me chapitre se penche sur les perspectives critiques qui \u00e9manent des rapports historiques entre le cin\u00e9ma et l\u2019asile. C\u2019est que le dispositif asilaire est entr\u00e9 en crise au sortir de la Seconde Guerre Mondiale et, dans le m\u00eame temps, s\u2019est \u00e9rig\u00e9 comme une th\u00e9matique de choix pour de nombreux cin\u00e9astes. Cette concomitance ne rel\u00e8ve en rien de la rencontre fortuite ou de la simple co\u00efncidence. Bien au contraire, il se pourrait que la multiplication des films sur l\u2019asile ait accompagn\u00e9 le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00ab&nbsp;antipsychiatrie&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;qui elle-m\u00eame s\u2019inscrit au c\u0153ur d\u2019un plus vaste mouvement contestataire&nbsp;\u2013&nbsp;tant\u00f4t avec des films visant \u00e0 \u00e9pingler le caract\u00e8re totalitaire de l\u2019asile&nbsp;; tant\u00f4t avec des productions t\u00e9moignant de l\u2019av\u00e8nement de formes institutionnelles in\u00e9dites d\u2019accueil du trouble. Dans la foul\u00e9e, un cinqui\u00e8me et dernier chapitre, plus court, questionne les transformations contemporaines de l\u2019institution psychiatrique qui font suite \u00e0 cette p\u00e9riode de crise. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les politiques sanitaires promeuvent la \u00ab&nbsp;d\u00e9sinstitutionnalisation&nbsp;\u00bb des soins, de m\u00eame que la \u00ab&nbsp;d\u00e9stigmatisation&nbsp;\u00bb des troubles psychiques, l\u2019h\u00f4pital psychiatrique pourrait sembler \u00eatre un mauvais souvenir. Pourtant, l\u2019articulation de la psychiatrie et d\u2019une culture globale de la sant\u00e9 mentale d\u00e9bouche plut\u00f4t sur un mode de gouvernement gestionnaire de ce que nous identifions comme \u00e9tranget\u00e9, donnant \u00e0 l\u2019asile un nouveau visage en m\u00eame temps qu\u2019un second souffle.<\/p>\n<p>Enfin, loin de s\u2019apparenter \u00e0 un propos de cl\u00f4ture, les conclusions de ce cheminement sont con\u00e7ues comme autant d\u2019ouvertures \u00e0 une pluralit\u00e9 de d\u00e9bats autour du cin\u00e9ma, de sa place singuli\u00e8re dans l\u2019Histoire et de son potentiel <em>destituant<\/em>. Le lecteur saura reconnaitre que les pistes avanc\u00e9es dans ces quelques lignes rel\u00e8vent davantage d\u2019une tentative&nbsp;acrobatique de synth\u00e8se des intuitions qui ponctuent ce texte. Il nous semblait en effet plus pertinent de proposer, en guise d\u2019ultimes r\u00e9flexions, des perspectives de recherche et d\u2019analyse en lieu et place d\u2019un simple r\u00e9sum\u00e9 superflu et redondant.<\/p>\n<p>Comme l\u2019indique son sous-titre, cet ouvrage doit \u00eatre lu comme un essai, au sens strict, c\u2019est-\u00e0-dire en tant qu\u2019il d\u00e9roule une r\u00e9flexion nourrie d\u2019un point de vue sur l\u2019institution psychiatrique&nbsp;; point de vue qu\u2019il s\u2019agira d\u2019\u00e9tayer, de documenter et de mettre en lien avec les productions cin\u00e9matographiques. La forme essai laisse \u00e9galement entendre que les propositions d\u2019analyse gagneraient tr\u00e8s certainement \u00e0 \u00eatre peaufin\u00e9es, pr\u00e9cis\u00e9es et approfondies dans le cadre d\u2019une recherche plus sp\u00e9cifique sur l\u2019une ou l\u2019autre de ces facettes. Ceci pour dire que cet ouvrage est constitu\u00e9 d\u2019une mati\u00e8re vivante, extraite aussi bien d\u2019intuitions et d\u2019exp\u00e9riences, que d\u2019un travail de lecture et de conceptualisation&nbsp;\u2013&nbsp;l\u2019une et l\u2019autre de ces faces \u00e9tant bien entendu \u00e0 comprendre dans le rapport dialectique qu\u2019elles entretiennent. Force est de constater qu\u2019un retour r\u00e9flexif sur cet exercice montre qu\u2019il rec\u00e8le un certain nombre de maladresses, d\u2019approximations et d\u2019angles morts. Celles-ci pourront peut-\u00eatre faire l\u2019objet de discussions prochaines avec les lecteurs de ce livre, si tant est qu\u2019ils y trouvent une mati\u00e8re propice au d\u00e9bat. En tout cas, nous l\u2019esp\u00e9rons sinc\u00e8rement.<\/p>\n<p>Un dernier mot encore. Quiconque \u00e9crit sur l\u2019asile \u2013&nbsp;y compris lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte acad\u00e9mique \u00e0 vocation th\u00e9orique&nbsp;\u2013 ne peut se permettre de faire l\u2019impasse sur la violence qui structure historiquement son fonctionnement. De l\u2019enfermement \u00e0 la m\u00e9dication \u00e0 outrance, de la lobotomie aux \u00e9lectrochocs, le dispositif asilaire s\u2019est \u00e9rig\u00e9 d\u00e8s sa naissance \u00e0 la fois comme source de mat\u00e9riau humain rendu disponible du fait de sa condition subalterne, et comme laboratoire usant de ce m\u00eame mat\u00e9riau pour r\u00e9aliser toutes sortes d\u2019exp\u00e9riences <em>in vivo<\/em>. Malheureusement, contrairement \u00e0 ce que d\u2019aucuns se plaisent \u00e0 sugg\u00e9rer, ce temps n\u2019est gu\u00e8re r\u00e9volu. Aujourd\u2019hui encore, des personnes sont soumises \u00e0 des traitements contraints et d\u00e9gradants, au m\u00e9pris des droits du patient, au c\u0153ur de nos h\u00f4pitaux psychiatriques. Pour certaines d\u2019entre elles, il n\u2019y aura gu\u00e8re de sortie&nbsp;; la mort est toujours une r\u00e9alit\u00e9 dans nos institutions. Quant aux survivants, quelques-uns d\u00e9dient leur vie \u00e0 t\u00e9moigner et \u00e0 lutter, mettant \u00e0 disposition leurs savoirs afin qu\u2019un jour, le plus t\u00f4t possible, leur exp\u00e9rience ne puisse se reproduire sur d\u2019autres personnes. Ce texte ne saurait pr\u00e9tendre au statut d\u2019hommage, ni \u00e0 plus forte raison \u00e0 celui de soutien \u00e0 tous les psychiatris\u00e9s&nbsp;; il ne comporte rien qui ne leur soit inconnu. Sinon une dette immense \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"front-matter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-22","front-matter","type-front-matter","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/pressbooks\/v2\/front-matter\/22","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/pressbooks\/v2\/front-matter"}],"about":[{"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/wp\/v2\/types\/front-matter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/pressbooks\/v2\/front-matter\/22\/revisions"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/pressbooks\/v2\/front-matter\/22\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22"}],"wp:term":[{"taxonomy":"front-matter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/pressbooks\/v2\/front-matter-type?post=22"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=22"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/acobe.uliege.be\/images-asilaires\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=22"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}